Europe : il y a aujourd’hui des approches différentes sur les intérêts communs et sur les valeurs communes
J’étais ce mardi à Bruges pour une conférence au Collège d’Europe.
Devant les étudiants, j’ai développé les enjeux européens.
L’Europe a été et est marquée par plusieurs crises : une crise financière en 2008, puis des dettes souveraines, et aujourd’hui encore un ralentissement économique sans véritable relance; une crise migratoire; une crise liée à la sécurité et au terrorisme ; et une crise relative à la mise en cause de frontières sur le territoire européen, avec la situation dans l’Est de l’Ukraine…
Puis il y a la question de la capacité de consensus européens sur des politiques importantes, comme la relation avec la Russie et le maintien ou non des sanctions, les traités commerciaux et les remises en cause de fondements mêmes du marché intérieur, l’intégration militaire où le Brexit va nous mettre dans une situation particulière, les relations avec la Turquie, partenaire stratégique mais qui présente une dérive d’un pouvoir autoritaire, la position sur le Moyen-Orient.
Ces difficultés s’inscrivent dans un contexte lui aussi volatile : l’élection d’un nouveau Président aux Etats-Unis voulant manifestement se distancier du multilatéralisme; la présence dans l’UE de Gouvernements « anticonformistes » (Hongrie, Pologne…); des enjeux électoraux aux Pays-Bas, en France, en Allemagne; le Brexit…
A ce sujet, nous allons devoir être unis pour négocier la sortie de la Grande-Bretagne et définir les règles qui feront que nous aurons avec elle de bonnes relations dans le futur. Le fil rouge doit consister en ceci : il doit être plus avantageux d’être dans le club qu’en dehors du club.
Dans ce climat, l’on peut comprendre les raisons d’une perte de confiance des citoyens dans l’Europe. L’Union européenne est fondée sur des valeurs communes, et le respect de ces valeurs, conformément aux critères de Copenhague, doit être garanti. Ces valeurs de l’Etat de droit doivent pouvoir être contrôlées même après l’adhésion. Cela passe par un soutien à la société civile et une politique plus intégrée des conflits.
Ainsi, il y a aujourd’hui des approches différentes sur les intérêts communs et sur les valeurs communes. Nous aurons dès lors à réfléchir à une Europe à plusieurs dimensions. Des modes de politiques différenciés, pour lesquels je plaide, ont été abordés lors de derniers sommets.
Au plan international, l’Europe doit jouer un rôle d’acteur global en utilisant des outils comme le traité de Lisbonne, qui autorise de mener des politiques extérieures sans unanimité. En Ukraine, par exemple, la France et l’Allemagne ont négocié les accords de Minsk mais pas l’UE en tant que telle. Au Moyen-Orient, nous avons un partenariat fort avec Israël et un partenariat également avec la Palestine, nous pourrions y jouer un rôle. Pour ce faire, il faut permettre à la diplomatie européenne et sa Haute Représentante d’endosser ce rôle, et c’est la responsabilité des Etats-Membres. Avec la Russie, les relations bilatérales se font au détriment de l’action de l’Union. Face au terrorisme, les Etats-membres doivent s’engager dans un échange accru d’informations.
Et puis il faut mettre en œuvre les décisions du Conseil européen : en matière de coopération entre services de sécurité mais aussi dans la lutte contre le financement du terrorisme, dans le renforcement du contrôle des frontières extérieures de Schengen, dans la lutte contre le radicalisme sur internet et dans l’intégration de nouvelles incriminations (comme le voyage vers certains pays en vue de commettre des attentats ou recevoir une formation à cet effet) dans nos arsenaux législatifs.
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