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Une Présidence belge pour avancer sur la gouvernance européenne

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Didier Reynders présidera le 13 juillet prochain le premier Conseil des Ministres de l’Economie et des Finances de la Présidence belge de l’Union européenne, qui a débuté ce jeudi 1er juillet. Au «Soir » et au « Figaro », le Vice-Premier Ministre et Ministre des Finances a expliqué que notre pays allait travailler sur trois axes:
«Il y a d’abord la mise en œuvre des directives sur la supervision des marchés financiers. C’est important parce que c’est ce qui a été annoncé à la suite de la crise financière et parce qu’il faut montrer qu’on avance. Ensuite, il faudra être prêt à réagir, à organiser des réunions sur des thèmes qui s’imposeraient dans l’urgence, parce que nous ne sommes pas encore sortis de la crise économique, financière et sociale. Enfin, au-delà de ce qui précède, je souhaiterais lancer d’ici à la fin de l’année un débat entre institutions européennes sur la gouvernance au sens large : économique bien sûr, mais aussi sociale et environnementale.»
Pour Didier Reynders, une gouvernance économique européenne est indispensable si l’on veut juguler la spéculation et superviser les activités bancaires :
«Prenons la crise bancaire. Des banques ont réalisé des opérations financières risquées et il n’est pas normal que le client classique et le contribuable en soient affectés, tout le monde est d’accord là-dessus. Cela conduit à se demander : comment organiser mieux la supervision ?, comment agir contre la spéculation ?, que doit-on interdire ?, etc. Apporter une réponse à ces questions ne se fera pas sans gouvernance européenne,» a développé le Vice-Premier Ministre et Ministre des Finances.
Et pour renforcer la gouvernance économique européenne, Didier Reynders affirme qu’il «faut accepter que cela se traduise par des méthodes plus communautaires, par un transfert d’éléments de souveraineté, dans certaines limites, des Etats vers l’Europe.»

Présidence belge

«Et oui, il serait logique de renforcer le rôle de la Commission, voire celui du commissaire en charge des matières économiques et monétaires, comme cela s’est fait en matière de concurrence. De même, il serait logique de donner plus de compétence à la Commission sur la procédure budgétaire,» a-t-il ajouté.
Finalement, «le choix politique revient au Conseil mais ce ne sont pas les chefs d’Etat ou les ministres qui vont gérer la gouvernance économique,» a encore indiqué Didier Reynders, expliquant ensuite que «les Etats doivent se mettre d’accord sur les objectifs, le calendrier et la méthode et puis, ils doivent désigner un instrument pour gérer ce qu’ils ont décidé. Cet instrument, c’est la Commission, c’est avec elle qu’on aura l’application la plus objective, c’est quand même l’institution la plus européenne des trois.»
«On ne peut pas plaider sans cesse pour un gouvernement économique sans réaliser que cela impose un renforcement des institutions européennes, c’est-à-dire un rôle accru de la Commission. Sinon, l’UE restera enlisée dans une éternelle négociation entre capitales. C’est bien le débat que je compte élargir d’ici à la fin de l’année, avec les Vingt-Sept, le Parlement européen, la BCE et la Commission…,» a-t-il encore précisé.
Didier Reynders a aussi estimé qu’il était «possible de travailler à une gouvernance économique plus intégrée avec les outils existants. Prenons la taxe bancaire. L’idéal serait d’avoir une taxe mondiale mais on ne s’entend pas sur ce point au sein du G20. Ceci ne nous empêche pas d’avancer au niveau des Vingt-Sept, voire au sein de la zone euro en vertu du principe des coopérations renforcées. C’est prévu par les traités.»
Le Vice-Premier Ministre et Ministre des Finances a également appelé à travailler avec célérité sur la taxe bancaire et la taxe sur les transactions financières:
«Il faut avancer là-dessus. L’opinion publique ne comprendrait pas que tant de dirigeants annoncent ces mesures sans que rien ne se passe. Notre idée est d’aller au moins vers un accord politique. Concernant un prélèvement sur les transactions financières, il faut cibler ces transactions ultrarapides qui ne génèrent aucune création de valeur réelle. Cela a l’avantage de lutter contre la spéculation sans toucher à l’épargne classique déposée dans les banques. S’agissant du secteur bancaire, plus inquiétants que telle ou telle taxe sont les futurs accords de Bâle III (cette nouvelle réglementation en cours de négociation, NDLR). Il faut faire attention à ne pas se tirer une balle dans le pied : on peut charger toujours plus les banques en termes de fonds propres mais il ne faut pas oublier qu’elles financent nos entreprises et nos Etats…»
Enfin, sur la question de la capacité d’un Gouvernement belge «en affaires courantes», Didier Reynders a déclaré « qu’il serait plus agréable de faire aboutir un dossier comme la gouvernance mais que, quel que soit le ministre à la table, il y avait toujours en Belgique un large consensus sur le projet européen, avec une volonté de renforcement de la méthode communautaire. » « Pour l’Europe il vaudrait mieux que ça continue comme cela jusqu’en décembre », a-t-il ajouté, « mais je regarde aussi la situation en Belgique et là, plus tôt il y aura un gouvernement en Belgique, mieux ce sera ».
De son côté, Olivier Chastel, le Secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, a rappelé, ce jeudi matin dans l’émission «Matin Première,» à la RTBf, dont il était l’invité du jour, que «La Belgique veut remettre l’Europe en action».
«Nos concitoyens ont l’impression qu’au niveau de l’Europe, il y a beaucoup de parlotte. Le slogan de notre présidence est d’ailleurs : remettre l’Europe en action… après toute une année de tumulte institutionnel,» a-t-il expliqué.
Et d’indiquer à son tour que «la Belgique compte bien, pendant ses six mois de présidence, faire progresser la régulation économique et financière dans l’Union. Mais ce ne sera pas sans peine, des bras de fer s’annoncent.»
En matière de lutte contre la spéculation financière, «l’Europe doit montrer l’exemple… La spéculation financière est la cause de ce que nos concitoyens vivent depuis deux ans. Il faut une architecture financière avec une taxe sur la spéculation, une taxe qui vise les transactions rapides,» a expliqué Olivier Chastel.