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"Quelle place pour la Belgique dans l'Europe de demain?"

Dans le cadre des “Grandes conférences sur l’avenir du pays” à Frasnes-lez-Anvaing, j’ai pris la parole ce mardi 26 mai, à l’invitation du Député-Bourgmestre Jean-Luc Crucke, sur le thème “Quelle place pour la Belgique dans l’Europe de demain?”.

Il faut d’abord rappeler que, depuis quelques dizaines d’années, nous avons la chance de vivre sur un continent qui a réussi, par la réconciliation franco-allemande et l’intégration progressive de pays, à développer un espace de paix fondé sur des institutions démocratiques ainsi qu’un espace économique.

Ce continent est marqué, depuis 2008, par la crise, bancaire d’abord, des dettes souveraines ensuite. Il a fallu prendre des mesures très lourdes pour rétablir la situation de dette publique et la compétitivité de certains Etats, avec des conséquences parfois dramatiques. Chez nous, il y a également eu des restructurations avec un impact sur l’emploi. Aujourd’hui l’on observe quelques signes de reprise, avec un peu plus de croissance (1,5%), un peu de reprise sur le marché de l’emploi.

Les enjeux sont aujourd’hui à l’Est et au Sud. La Russie a décidé d’envahir militairement un pays voisin, l’Ukraine, ouvrant un conflit armé à nos portes. A l’Est existe la peur que ce qui s’est passé en Géorgie, en Moldavie, à présent en Ukraine ne se produise plus loin. Ce qui empêche cela, c’est l’OTAN, qui s’est, comme l’Union européenne, étendu à une série de pays. Par des pressions diplomatiques, par des sanctions économiques à l’égard de la Russie, nous tentons de stopper cette démarche.

Au Sud, l’enjeu est celui de la lutte contre le radicalisme, le terrorisme. Cet enjeu est plus marquant aux yeux de beaucoup eu égard aux attentats de ce début d’année en France, à Copenhague, et d’il y a un an au Musée juif de Bruxelles. Sur place, il faut lutter contre ces groupes extrémistes. Chez nous, la réponse immédiate à ces événements a été de protéger certains sites, y compris à travers la présence de militaires. Nous devons aussi faire face au phénomène de radicalisme et éviter que des jeunes ne partent comme combattants étrangers faire le jihad en Syrie, en Irak ou se former au Yémen. A plus long terme il s’agit de travailler sur l’éducation afin que des enfants dont les familles sont de confessions ou convictions différentes puissent apprendre à vivre ensemble.

Poussés par des conflits ou par la misère, des migrants quittent le Sud pour l’Europe, traversent la Méditerranée bien souvent au péril de leur vie, à la merci de trafiquants. A court terme, il s’agit d’intervenir sur les trafiquants en mer mais aussi dans les politiques de développement.

Dans ce contexte global, quelle évolution pour l’Europe de demain?

La priorité de l’Union européenne doit être la sécurité : s’occuper de la sécurité chez nous mais aussi ailleurs, dans notre environnement direct. Nous devrions organiser une Défense européenne, ce qui permettrait de travailler ensemble et d’avoir un pilier européen dans l’OTAN. Cela implique le développement d’une industrie de la Défense, afin par exemple d’avoir une politique plus intégrée et donc plus efficace en matière d’avions de combat.

Notre action est aussi fondée sur les valeurs : démocratie, Droits de l’homme, Etat de droit. Après deux guerres mondiales, après la Shoah, l’Europe de 1950 ne peut donner de leçons mais peut faire part d’une expérience, celle de la réconciliation, de la volonté de travailler ensemble. Les moyens de cette action se trouvent dans la Coopération et visent à faire en sorte que les populations puissent trouver un projet de vie dans leur propre pays.

Ensuite il faut continuer à construire le projet européen. Sur le plan économique, les Etats peuvent continuer à faire des réformes : sur l’âge de la retraite, sur la compétitivité notamment. Les réformes sont mieux comprises collectivement qu’individuellement. Concernant l’âge de la retraite par exemple, tout monde convient que la longévité a augmenté et que le système social doit pouvoir intégrer cela. Pour aider l’activité, la Banque centrale européenne peut baisser les taux d’intérêts, néanmoins nous ne pouvons pas allier beaucoup plus loin qu’aujourd’hui. Elle peut aussi mettre davantage de moyens à disposition, en fonction des projets. Enfin l’on peut également réinvestir, c’est ce que la Commission fait ces jours-ci en matière d’infrastructures avec des projets interconnectés d’énergie, en matière d’économie digitale, en matière d’éducation/formation, de PME…

La difficulté aujourd’hui, c’est la considération de certains pays qu’il y a trop d’Europe. Or ce qu’il faut, c’est au contraire plus d’Europe. Il faut une politique commune plus forte en matière de Relations extérieures, en matière de Défense. Si on veut peser sur la scène internationale, il faut pouvoir parler d’une seule voix. C’est ce que demande l’Italie en Méditerranée, ce que demandent les Baltes face à la Russie… Il faut une politique commune plus forte dans la zone euro : on partage la même monnaie, nous devrions donc aller vers des règles fiscales, des règles sociales plus largement partagées. Cette Europe plus forte nous permettrait de mieux porter à la fois nos valeurs et un projet de développement économique, créateur d’activité et d’emploi.

Dans une Europe qui va encore s’étendre (Balkans), qui va nouer des partenariats, qui fonctionnera dès lors sans doute selon des cercles différents, la Belgique peut jouer un rôle. Si elle fait les réformes nécessaires, elle peut, de par son statut de capitale européenne et de membre fondateur, porter cette idée d’aller plus loin dans la construction européenne.