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Les grandes figures du libéralisme: François Perin, l'intellectuel bouillonnant

Le MR réalise une série sur les figures marquantes du libéralisme belge francophone. J’ai à cette occasion évoqué plusieurs personnalités que j’ai bien connues.

Deuxième épisode : François Perin, Professeur émérite de droit constitutionnel, père du Rassemblement wallon, cofondateur du PRLW (prédécesseur du PRL, qui deviendra le MR), ancien Ministre des Réformes institutionnelles.

C’est dans l’auditoire place du 20 Août à l’Université de Liège que j’ai assisté à un premier cours d’introduction au droit public de François Perin. Il donnait plus qu’un cours, c’était une présence magistrale assortie d’humour et de nombreuses anecdotes. Ensuite, je suis devenu élève-assistant à ses côtés.

Je connaissais le personnage politique essentiellement à travers les débats télévisés, où il échangeait régulièrement avec un autre grand format, aux antipodes, André Cools.

François Perin était tout d’abord un intellectuel remarquable, d’une vivacité d’esprit exceptionnelle et qui pouvait charmer à la fois non seulement un interlocuteur mais un auditoire très vaste. Il avait également un côté “professeur Tournesol”. C’était une personnalité bouillonnante, ce qui a sans doute contribué à façonner des liens politiques.

Malgré ce côté “professeur Tournesol”, il était extrêmement précis en matière institutionnelle, d’où sa participation à la régionalisation préparatoire conçue de manière très pragmatique. C’est dans le Gouvernement Tindemans II qu’il devient Ministre des Réformes institutionnelles en 1974. Il y participe à consacrer le fait régional dans la constitution. On lui doit notamment la copaternité du fameux article 107 quater de la Constitution (ancienne numérotation) consacrant les Régions wallonne, bruxelloise et flamande. Il quitte le Rassemblement wallon en 1976 et le Sénat définitivement en 1980.

L’éloignement d’un certain nombre d’activités est explicable par plusieurs facteurs personnels. Il était passionné de réformes institutionnelles mais d’autres matières l’intéressaient moins, comme les réformes socioéconomiques. Par ailleurs, il a accepté de jouer un rôle en politique quand il était le moteur de cette action politique. Lorsque d’autres responsables ont pris le relais, comme Jean Gol, il s’est senti un peu en dehors de la démarche. Enfin, lui le grand régionaliste a petit à petit perçu que, de toute façon il vivait dans un pays qui allait se disloquer sous la pression de la nation flamande. Dès lors il n’y avait plus qu’à attendre… Enfin, il s’est consacré à d’autres thèmes, dont l’histoire des religions, au sujet de laquelle il voulait écrire une encyclopédie.

Il a quitté la politique en disant “La Belgique est malade de trois maux incurables et irréversibles : le nationalisme flamand, qu’il s’avoue ouvertement ou non; une particratie souvent bornée, sectaire, partisane, partiale, parfois d’une loyauté douteuse au respect de la parole donnée et de la signature; une paralysée due aux groupes syndicaux de toute nature intraitables et égoïstes, irresponsables, négativistes et destructeurs de toute capacité de l’Etat à réformer quoi que ce soit en profondeur”.

Cela illustre la difficulté pour François Perin de faire face à des adversités par rapport à son projet. C’est probablement ce qui explique sa sortie du monde socialiste au départ pour “créer” quelque chose, un mouvement wallon, qui puisse prendre de l’ampleur et peser sur le cours des choses, essentiellement en matière institutionnelle, de réforme de l’Etat. Il a senti, même dans ces cas-là, les limites de l’exercice car il faut atteindre un certain succès électoral pour entrer dans un Gouvernement mais ensuite il faut discuter avec d’autres. On peut, par exemple, aimer ou ne pas aimer les nationalistes flamands mais, s’ils sont là, le partenaire en Flandre contient quand même des nationalistes. La situation était sans doute similaire vis-à-vis du monde syndical, François Perin se rendant compte à un moment qu’il y avait une logique de confrontation sans possibilité d’évolution. Ce texte, qui date de 1980, prédisait une fin assez rapide d’un pays qui, plus de 35 ans plus tard, est néanmoins toujours là…

Peu après que François Perin eut quitté les responsabilités, Jean Gol, qui lui aimait affronter la réalité, fait une majorité sans les socialistes, en confrontation avec une partie du monde syndical et en essayant d’avancer dans les réformes de l’Etat mais sans aller trop loin dans la dislocation de celui-ci. Ce sont donc deux démarches différentes, avec pourtant des points communs. Mais la façon d’affronter la réalité est très différente. François Perin était davantage dans la défense d’idées, de projets.

François Perin en un mot : vif. Sur le plan intellectuel et dans son comportement. Suivre une conversation avec lui n’était pas chose aisée tant il passait vite et sans explication d’une idée à l’autre.