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La Belgique a signé le CETA

Ce samedi 29 octobre au palais d’Egmont, j’ai signé, en présence de la Commissaire européenne au Commerce Cecilia Malmström, du négociateur en chef pour la Commission européenne Mauro Petriccione, de l’ambassadeur du Canada Olivier Nicoloff et du Président de la chambre de commerce belgo-canadienne Jean-Pierre Tanghe, le traité de libre-échange UE-Canada CETA.

C’est une bonne chose de pouvoir faire aboutir le meilleur accord commercial que l’Union européenne ait conclu depuis longtemps. C’est la meilleure garantie de ne pas avoir un mauvais accord un jour avec les États-Unis, le fameux TTIP, que la Belgique n’est pas du tout décidée à accepter tant qu’elle n’aura pas toutes les assurances. J’ai entendu le vice-président wallon estimer que le CETA, c’est la référence, le «standard» que l’on pourra utiliser à l’avenir… Je suis ravi d’entendre cela à propos d’un traité que je défends depuis longtemps. Où l’on baisse les tarifs douaniers, où l’on met en place des standards de régulation les plus élevés au monde, avec des normes sociales, environnementales, le respect d’une série de règles européennes en matière d’OGM, d’hormones…

Le CETA comportait déjà ces éléments. En outre, les hormones, les OGM, c’est la réglementation européenne. Jeudi dernier, quand Paul Magnette s’est exprimé au Parlement wallon, il a expliqué qu’il n’y avait aucun problème là-dessus, et qu’il restait un point : la réglementation relative à l’arbitrage. Pourtant, pendant tout le week-end, j’ai entendu parler des OGM, des normes environnementales, sociales… Cela étant, j’ai aussi le sentiment que, dans le débat européen d’abord, en Belgique ensuite, on a pu donner des réponses à des préoccupations légitimes. Je trouve légitime que des gens s’inquiètent à propos du devenir du commerce international, de leur propre activité, je pense au secteur agricole, aux PME. Et je trouve ça d’autant plus légitime, de s’inquiéter, que certains politiques jouent aux pompiers-pyromanes !

Parmi les opposants, il y a deux catégories : les irréductibles, que je n’essaie pas de convaincre – quand vous avez des références communistes, vous n’êtes pas pour le libre-échange, c’est logique. Mais celui qui m’a le plus impressionné dans le fait d’aller à peu près vers n’importe quoi, c’est le Président du Parlement wallon. Je savais que la politique était sans limite, mais là… A ce point-là. En racontant des choses aussi fausses. Il a réussi à battre son record ! Mais il peut aller au-delà. Quand Benoît Lutgen a parlé de «délinquance politique» de la part des milieux de la Commission, je n’ai pas compris. C’est entre Luxembourgeois… La Commission est dirigée par Jean-Claude Juncker. Que le Président du cdH précise qui a dit quoi, à quelle heure, quel jour! Et qu’on puisse poursuivre ces gens, politiquement et juridiquement. La plus grande transparence. Mais non, évidemment, il ne dit rien.

Je ne trouve pas anormal qu’une opposition s’oppose. Mais ici, on a l’utilisation du débat pour attiser les peurs, gravement, alors que le rôle du politique est de donner des réponses, de calmer les inquiétudes. J’ai vu par ailleurs que des experts s’exprimaient… Que j’ai connus dans le groupe Attac, que je retrouve au CNCD, que nous finançons, et qui ont souvent plus de moyens grâce à la Coopération au développement belge que les équipes de mon département chargées de négocier… Ils croient qu’ils représentent à eux seuls la société civile!

Paul Magnette est quant à lui intervenu depuis le début sans rejeter l’idée d’un accord. Je ne l’ai pas entendu dire que c’était assassin pour le monde agricole – le CDH, lui… –, pour ceci ou cela. Il a accepté d’écouter toutes les explications autour du CETA, puis il a dit, j’ai un problème, c’est l’arbitrage, voilà tout. Les autres… Pendant le week-end, ils soufflaient sur les braises, pas lui. Au-delà du CETA, il y a la place de la Belgique en Europe, c’est mon rôle, aussi la place de la Région wallonne, c’est le sien. Il en était conscient. Ce qu’on a réussi à construire avec Paul Magnette, c’est une vraie discussion pour avoir un message au nom de la Belgique, et de toutes ses composantes. J’ai bien vu dans les discussions avec lui que l’on pouvait avancer de manière rationnelle.

Cela dit, je me rends compte que c’est toujours compliqué quand on met la barre très très haut: ou bien on la passe et on décroche la médaille olympique, ou bien il faut expliquer pourquoi on passe en dessous… La révolution, je ne pense pas que c’était son but. Il a été un peu dépassé par l’image que d’autres ont donnée de lui. Du reste, une bonne partie de ceux qui l’ont porté aux nues l’attaque aujourd’hui, ça a été très vite. Je crois qu’on l’a fait monter beaucoup plus haut que ce qu’il voulait faire, et qu’il n’est pas redescendu aussi bas que certains le disent maintenant.

© Le Soir