Actu

Discours au Sommet de la Francophonie à Madagascar

A Madagascar, je représente la Belgique au Sommet de la Francophonie.

Voici mon intervention en séance plénière de la conférence ministérielle ce 23 novembre 2016.

*****

Je tiens tout d’abord à remercier Madagascar, pays hôte, pour son admirable hospitalité et pour l’organisation parfaite de cette réunion.

Madagascar a choisi avec pertinence le thème de la croissance partagée et du développement responsable pour ce XVIe Sommet de la Francophonie. Avec l’Agenda 2030, adopté il y a un an et intégrant l’important accord d’Addis Abbeba sur les moyens de mise en œuvre, la communauté internationale s’est dotée d’un projet ambitieux pour y faire face. La Belgique, dans toutes ses composantes institutionnelles, s’est engagée dans des stratégies volontaires pour concrétiser cet agenda. Mon pays fera volontairement  un premier rapport sur son action lors du  forum politique de haut niveau des Nations Unies (HLPF) en 2017 ; nous soutenons pleinement cette opportunité de favoriser les échanges de bonnes pratiques. Au niveau multilatéral, la Francophonie est l’un des mécanismes qui peuvent appuyer la mise en œuvre de l’Agenda 2030; le  thème du Sommet montre pleinement le potentiel d’une coopération entre pays francophones dans les domaines de l’égalité entre femmes et hommes, du dialogue entre les cultures, de l’engagement du secteur privé ainsi que des acteurs de la société civile, de la transition numérique, du  changement climatique et de l’énergie.

Je  souhaite également remercier la Secrétaire générale de la Francophonie, S.E. Madame Michaëlle JEAN, pour son dynamisme et son volontarisme à la tête de notre organisation et pour son attention toute particulière aux femmes et aux jeunes, dans le droit fil des orientations dégagées par le sommet à Dakar il y a deux ans.

La Belgique attache une importance particulière à la dimension politique de la Francophonie : respect des droits de l’Homme, enracinement de la démocratie et consolidation de la paix, à travers l’alerte précoce, la prévention des conflits, l’appui aux processus de sortie de crise et de transition.

Nous estimons que l’Organisation et sa Secrétaire générale ont une réelle valeur ajoutée en la matière, en particulier dans le cadre des crises et des processus de transition en Afrique. Nous vous sommes reconnaissants, Madame la Secrétaire générale, pour vos efforts continus en la matière.

L’Afrique est le plus grand continent francophone, c’est celui où la Francophonie continue de croître. Ce continent d’avenir est aussi le théâtre de conflits nombreux et cruels, comme au  Sahel où la Belgique a un engagement important.

Nous sommes tous confrontés au défi mondial du terrorisme et de la radicalisation violente. La Belgique déplore les pertes humaines, victimes du terrorisme aveugle, où qu’elles tombent. Le terrorisme attaque nos valeurs universelles et les piliers même de la démocratie et de l’état de droit. Nos gouvernements ont évidemment le devoir de protéger leurs citoyens et d’arrêter ces attaques cruelles et aveugles. Mon pays a montré sa détermination à cet égard, en prenant une série de mesures et en enquêtant, en arrêtant  plusieurs terroristes et extrémistes violents.

La répression ne suffit pas. Il faut aussi travailler à prévenir la radicalisation violente, en condamnant les discours de haine, de racisme, de discrimination et en veillant notamment à la bonne intégration des jeunes dans nos sociétés. Je salue à cet égard l’action de la Francophonie, en particulier la campagne « Libres ensemble » où la priorité est donné à la prévention du repli sur soi et du rejet de l’autre. Je me réjouis aussi de ce que le projet de déclaration d’Antananarivo inclut un message fort sur le rôle que tous nos pays, dans un esprit de coopération et de respect des valeurs fondamentales, ont à jouer ensemble dans la lutte contre toutes les formes de terrorisme et de radicalisation violente.

La Belgique suit de près l’évolution de la crise politique en RDC qui découle de la non-convocation des élections. La situation sur place est préoccupante, tant sur plan des droits de l’homme que des risques d’instabilité.

Un premier accord politique avec une certaine frange de l’opposition a été conclu le mois dernier. Un nouveau Premier Ministre a été désigné suite à cet accord. Il est important de parvenir désormais à un accord plus inclusif et réaliste, y compris sur le plan budgétaire et des échéances électorales. Comme l’UE l’a souligné, un gouvernement démocratique fonde sa légitimité sur des élections régulières et dans les délais stipulés par la Constitution ; l’organisation des élections est la responsabilité du gouvernement ; le manque de clarté à cet égard constitue actuellement un grand facteur d’instabilité dans le pays et pour la région.

La Belgique encourage les efforts de médiation de la Conférence épiscopale nationale du Congo, en  espérant que chaque partie lui donne la meilleure chance possible de réussir à aboutir à  un accord largement porté par l’opinion congolaise. Il est évident que c’est aux Congolais eux-mêmes qu’il appartient de définir une transition pacifique, la plus brève possible, pour permettre la tenue d’élections apaisées et crédibles. Je salue dans ce contexte le rôle joué par la Francophonie en ce qui concerne la mise à disposition d’expertise technique concernant le processus électoral.

L’option de résoudre la crise par la violence n’est pas acceptable. Je réitère l’appel à l’ouverture de l’espace des libertés démocratiques et au respect des droits de l’homme, par toutes les parties.

La situation au Burundi est aussi au cœur de nos préoccupations. Nous constatons certes une certaine amélioration de la situation sécuritaire au Burundi. Toutefois, il subsiste nombre de défis à relever en matière de droits de l’homme et d’ouverture politique.

Le dialogue inclusif sous l’égide de la communauté internationale est la seule solution à la crise. Notre pays soutient la médiation de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) et espère que M. Mkapa sera en mesure d’organiser le plus rapidement possible une nouvelle réunion inter-burundaise. Nous encourageons toutes les parties à participer au dialogue organisé par M. Mkapa sans précondition.

La Belgique s’inquiète des tensions entre le Burundi et l’ONU. Nous appelons à la reprise rapide d’une collaboration constructive entre l’ONU et le Burundi et à la mise en œuvre des résolutions du Conseil de Sécurité et du Conseil des Droits de l’homme.

Nous soutenons également l’action de l’Envoyé Spécial de l’OIF Pascal Couchepin et nous nous félicitons de l’engagement de la Francophonie dans la résolution de la crise au Burundi. Nous appelons tous les pays de la région à s’investir dans la recherche d’une solution qui garantira la paix et la stabilité au Burundi et dans la région des Grands Lacs.

Soucieuse de contribuer à la résolution et à la prévention des conflits, la Belgique souhaite s’engager positivement par une action au sein du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Je voudrais attirer votre attention sur la candidature de la Belgique pour un siège de membre non permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies pour la période 2019-2020.

Comme membre non permanent du Conseil de sécurité, la Belgique s’attacherait à promouvoir des actions pour la paix et la sécurité au service des citoyens du monde. Notre histoire démontre que les Etats plus petits peuvent faire la différence lorsqu’il s’agit de bâtir des ponts et d’unir les nations. La Belgique est  convaincue qu’au sein du Conseil de Sécurité,  chaque voix compte. Elle est déterminée à bâtir le consensus et à travailler de manière constructive pour faire face aux défis mondiaux d’aujourd’hui. La Belgique est le seul pays francophone parmi les candidats de son groupe régional pour l’élection qui aura lieu en juin 2018, c’est pourquoi je vous demande de soutenir sa candidature.

Je vous remercie.