Actu

Conférence : "Quelles solutions face au radicalisme en Belgique?"

A l’invitation du Député-Bourgmestre Pierre-Yves Jeholet, j’ai pris la parole lors d’une conférence au Pays de Herve sur le thème : “Quelles solutions face au radicalisme en Belgique?”. L’occasion aussi d’un bel échange avec un public venu nombreux.

Depuis une dizaine d’années, on vit une situation économique assez faible issue de la crise bancaire que l’on a connue en 2008. Cette crise s’est muée ensuite dans une crise des dettes souveraines, avec des contextes très difficiles en Grèce, en Irlande, au Portugal, dans d’autres pays du Sud de l’Europe. Depuis, nous connaissons un ralentissement économique et une croissance très faible.

La première question à se poser est : “comment peut-on relancer la création d’emploi, la croissance, l’investissement?”. Car il s’agit de répondre à des préoccupations très fortes de personnes qui perdent leur emploi, qui vivent des restructurations. On a pourtant un élément fort : on a créé une monnaie commune à 19 Etats au sein de l’Union européenne, et l’on pourrait d’ailleurs faire plus en gérant les budgets, la fiscalité, les débats sociaux ensemble.

A ces crises sont venues s’ajouter des crises géopolitiques autour de l’Europe : à l’Est de l’Europe existe un conflit armé depuis que la Russie a envahi la Crimée et soutient des séparatistes dans l’Est de l’Ukraine. Au Sud, nous sommes confrontés à des conflits armés en Syrie, en Irak, en Libye, avec des groupes terroristes qui se sont implantés. Dans cette zone on retrouve également l’influence de la Russie, qui soutient le régime de Bashar-al-Assad, qui a massacré une partie de sa population et continue à s’en prendre à la ville d’Alep.

Cette crise-là conjuguée à un terreau économique assez faible se traduit aujourd’hui par deux autres éléments. Tout d’abord une crise migratoire, que l’on a vécue l’année dernière. A toutes celles et tous ceux qui sont de véritables réfugiés, qui risquent leur vie aujourd’hui, nous devons réserver un accueil. C’est un devoir international et un devoir humain. Mais, en ce qui concerne la migration économique, nous ne pouvons accueillir l’ensemble de ces migrants. Il va falloir montrer que des réponses européennes sont possibles, en termes de contrôle des frontières, d’enregistrement, de répartition sur le territoire.

La deuxième conséquence est le phénomène des “combattants étrangers”, venant de 160 pays, 500 venant de Belgique. Ils participent aux combats d’un groupe terroriste comme Daesh sur place et parfois reviennent sur le territoire européen. Ces jeunes sont nés ici, ont été éduqués ici, sont tombés dans la radicalisation et reviennent commettre des attentats.

On doit tenter de travailler sur des mesures immédiates comme l’échange de renseignements pour stopper au plus tôt l’organisation d’attaques. Il y a également un équilibre à trouver entre la protection de la sécurité des citoyens et la vie privée ou les libertés individuelles. En Belgique nous avons pris des mesures en matière de terrorisme comme les perquisitions 24h/24. Nous voulons également étendre la garde à vue au-delà de 24h ou de 48h. A  l’échelle européenne, il a fallu longtemps avoir de voir avalisé un système de fichier sur les passagers d’un vol d’avion (PNR). Pourquoi ne pas utiliser les passeports biométriques pour pouvoir conserver les empreintes?

Afin de régler le problème à la source, la Belgique intervient militairement dans une très large coalition internationale en Irak, en Syrie, avec la volonté de détruire les groupes terroristes sur le terrain. Il faut une approche militaire, qui passe par l’accueil des réfugiés dans des camps limitrophes ou chez nous. Et il faut œuvrer à une solution politique, visant la mise en place de vrais gouvernements capables de gérer le pays.

En Belgique, nous devons lutter contre la radicalisation, qui ne concerne pas que de jeunes hommes mais aussi des jeunes femmes (une sur six). Cela suppose un travail sur le fond. L’éducation est fondamentale et je suis convaincu que l’on doit donner des cours d’éducation civique dans les écoles, qu’on y explique les différentes religions, philosophies plutôt que d’avoir des cours de religion séparés. Une présence réaffirmée de l’Etat sur tout le territoire est aussi importante, c’est notamment ce que nous avons fait avec le “plan canal”. Et puis il faut se poser la question des valeurs que l’on souhaite voir se développer au cœur du projet européen.

Les Européens donnent parfois des leçons mais l’Union européenne s’est constituée après deux guerres mondiales, un génocide, sans parler des guerres de religion… Nous ne devons pas donner de leçons mais nous pouvons faire part d’une expérience et surtout être plus fermes sur les valeurs à l’intérieur de l’Europe : l’Etat de droit, la démocratie, les libertés individuelles, la liberté de la presse mais aussi la lutte contre les discriminations l’égalité homme-femme, la séparation des églises, des convictions philosophiques et des Etats.

Certains ont accepté, parfois de manière électoraliste, de reculer. Or nous ne sommes pas au bout du chemin dans l’égalité homme-femme ou dans la séparation des églises et de l’Etat dans nos sociétés. Il faut revenir à une démarche sur ces valeurs. A la fin du parcours d’éducation, il faudrait un engagement clair sur les valeurs européennes que l’on considère comme universelles. Et nous devrions faire de même au niveau européen en regardant la manière dont chacun des Etats membres se comporte par rapport à ces valeurs. Car les crises contribuent au succès des extrêmes, avec le risque que l’on mette en cause l’idée même de l’Union européenne.