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Ce n’est pas chez les gens qui travaillent qu’il faut aller chercher de l’argent

Venir dire que l’on fait plus d’efforts en réduction de dépenses qu’en nouvelles recettes, ce n’est pas exact. J’ai lu attentivement la note du formateur. Elle est techniquement correcte mais, politiquement, on voit qu’elle a été écrite par un responsable socialiste. Le MR a répondu positivement à une démarche de négociation. Le VLD l’a dit aussi: nous venons à la table pour expliquer qu’il faut travailler d’abord sur les dépenses.
Plus de déduction fiscale des titres services, c’est payer davantage d’impôts
Supprimer la déductibilité fiscale des titres services, par exemple, c’est bien une limitation des dépenses. Maintenant, il faut bien se rendre compte que cela veut dire que ça ne pourra plus être déduit. Donc, vous allez payer plus d’impôts. Le MR, calmement, va s’asseoir autour d’une table et voir pour chacune des mesures si on augmente les impôts ou pas.
Dans les recettes, la note prévoit en outre une augmentation de la taxe CO2 de certains véhicules de société. Allez vers une fiscalité environnementale, c’est bien. Mais il y a de jeunes couples, des faibles et moyens revenus, des universitaires, qui gagnent 1400 euros par mois, utilisent les titres services et ont une petite voiture de société. Pour ces gens-là, cette classe moyenne, ces gens qui démarrent dans la vie et ont besoin des titres services pour des gardes d’enfants, ce sera une catastrophe. Clairement, en Belgique, ce n’est certainement pas chez les gens qui travaillent et qui ont des revenus moyens et faibles qu’il faut aller chercher de l’argent. Le MR se mettra à la table de négociation et s’opposera à cela. On peut parler d’un glissement de fiscalité vers la fiscalité environnementale mais en allégeant alors la fiscalité sur le travail ! Sinon, on est dans un jeu de dupes. Qu’on dise simplement qu’on va augmenter la fiscalité environnementale, c’est non. Mais nous irons négocier.
D’un autre côté, il faudra voir, si l’on doit commencer à réfléchir à un prélèvement sur le patrimoine – même hors maison familiale, hors outil d’activité –, ce qui reste réellement et quel est le taux proposé. Si le taux arrive à supprimer le rendement de patrimoine, la chose qui va se produire très rapidement, c’est que les gens vont partir. Ils sont déjà partis parce que la taxation sur le capital, en cas de décès, était et est encore très lourde en Belgique. La taxation sur les opérations immobilières est aussi très lourde. Nous avons déjà baissé certains taux, pour les donations entre vifs, par exemple. De même, pour les plus-values, il y a sans doute des choses à faire mais c’est une des rares mesures où la Belgique a un avantage comparatif par rapport aux autres pays. Comme les intérêts notionnels, d’ailleurs. On peut peut-être harmoniser. Mais pas toujours à la hausse. Alors il faut d’autres harmonisations à la baisse. Donc, pourquoi pas une fiscalité sur le patrimoine mais compensée par une baisse réelle des droits de succession, qui restent très élevés ? Et voyons si cela n’empêche pas de faire revenir, comme ces dernières années, énormément de capitaux dans le pays. Mais il ne faut pas bouger à la charge fiscale globale qui est déjà très élevée.
Pour les retraites, le chômage… Travaillons sur ces quelques réformes
Sur le volet touchant aux dépenses, il y a de bonnes choses dans la note, comme la limitation de la norme de croissance des soins de santé. Ce n’est toutefois pas un effort gigantesque. Il y a la réduction de 5% du salaire des ministres, c’est symbolique, mais c’est important: montrer que tout le monde participe à l’effort. On va devoir faire l’exercice dans les entreprises publiques où l’on voit que certains responsables ont trois fois le salaire d’un Premier Ministre… Je vois aussi que le formateur envisage le non remplacement de fonctionnaires qui partent à la retraite, c’est une bonne chose. Mais il faut aller plus loin. Je pense aussi qu’il est bon d’indiquer que les autres niveaux de pouvoir doivent contribuer à l’effort budgétaire.

Sur les retraites, je constate que tout le monde rejoint ce que nous avions dit, à savoir qu’il faut limiter les préretraites à 52 ans, par exemple. On peut procéder avec des objectifs à dix ans, c’est très efficace. Le travail au-delà de 65 ans, cela fait des années que les libéraux se battent pour qu’on laisse les gens travailler dans un pays où on manque de main-d’œuvre qualifiée. Travaillons sur ces quelques réformes. En matière de chômage, la dégressivité proposée va dans le bon sens. Mais il faut que ce soit une vraie dégressivité… Quant à l’indexation automatique des salaires, on doit aussi pouvoir y réfléchir. En a-t-on vraiment besoin pour les salaires les plus hauts? S’il faut préserver quelque chose de l’index, préservons-le pour les revenus les plus faibles. Mais si on dit qu’on n’y touche pas, on ira dans le mur.

Le MR sera également attentif au volet institutionnel. La négociation est possible et souhaitable. Mais il faut que lorsqu’on sortira de cette négociation, il y ait des éléments suffisants pour que les francophones se disent: on est debout.
Dans une négociation, il faut négocier mais en tenant compte des formations en présence. Le CD&V doit se rendre compte historiquement qu’on n’est pas dans une négociation soviétique: ce qui est à moi est à moi et ce qui est à toi est négociable. Si je commence à dire tout ce qui est socialiste dans la note il faut l’enlever, un autre dira tout ce qui est francophone il faut l’enlever, un autre: tout ce qui est libéral… Il restera un truc sur les centrales nucléaires à la demande d’Ecolo. Et encore, si personne ne le voit… Si le CD&V dit non, ce sera tout aussi respectable. La priorité est la formation d’un Gouvernement. Mais nous n’avons pas la main. C’est au formateur de prendre une initiative. En l’absence de solution, il faudra montrer que le Gouvernement peut encore prendre des décisions. Et que, dès lors, la Belgique est à l’abri.

Cet article est tiré :
d’une interview parue dans La Libre Belgique ce 16/7/11.