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A Paris: nous devons lutter ensemble contre le radicalisme et regarder chacun la situation en face

Ce mardi soir et ce mercredi matin, j’ai été interviewé à Canal Plus et sur RMC en France au sujet des récents attentats de Paris et de la lutte contre le radicalisme.

Dans tous nos pays, nous sommes confrontés à un phénomène de radicalisme, d’islamisme radical, que ce soit dans des banlieues, des grandes villes françaises ou dans des quartiers de ville de Bruxelles.

La Belgique a été la première à subir un attentat commis par un combattant étranger : le 24 mai 2014, le Français Mehdi Nemmouche, qui avait quitté la France pour aller en Syrie, est revenu quelques semaines à Bruxelles pour y commettre un attentat au Musée juif.

Nous devons donc lutter ensemble contre le radicalisme en ouvrant les yeux, en observant que nous connaissons des problèmes similaires en plusieurs endroits, pas seulement en France ou en Belgique, et en luttant ensemble contre ces groupes terroristes.

L’image de la Belgique est l’objet ces derniers jours de caricatures, avec un humour parfois très bas d’un polémiste qui voulait bombarder un quartier de Bruxelles.

En janvier dernier, dans la suite des attentats à Charlie Hebdo à Paris, d’aucuns ont salué que les services de renseignements ont pu déjouer un projet d’attentat en Belgique, à Verviers. Grâce à l’échange d’informations, nous avons pu neutraliser une cellule terroriste.

On ne doit pas forcément chercher ailleurs l’explication de ce qui se passe chez soi. Certains des auteurs des attentats de Paris sont passés par Molenbeek mais sont Français. Chacun doit regarder la situation en face.

Les quartiers concernés ont des similitudes. Molenbeek se caractérise par une présence du radicalisme mais également du banditisme, notamment du trafic de drogue. Quand des terroristes occupent un squat à Saint-Denis, on est dans le même terreau. L’islamisme radical est présent dans un certain nombre de nos quartiers, de nos banlieues, certainement parce l’on a raté, en certains endroits de certaines villes, l’intégration. Il faut être précis : un très grand nombre de personnes veulent vivre ensemble, en paix et calmement, de toutes les communautés. En Belgique c’est le cas de l’essentiel de la population musulmane. Mais nous avons dans certains quartiers raté l’intégration, qui n’est pas qu’une question sécuritaire mais qui est une démarche d’éducation, d’accès au travail et qui ne doit pas laisser les personnes dans des ghettos.

Il faut également, à moyen terme, travailler à un islam modéré en Europe, avec des imams qui soient formés dans les communautés musulmanes d’Europe, en France, en Belgique. Ces imams ne doivent plus venir d’ailleurs mais venir de chez nous et respecter les valeurs de notre société.

Si l’on veut lutter efficacement, il faudra de plus en plus échanger de l’information : les services de renseignements nationaux doivent collecter mais aussi partager l’information. Des pays européens et non Européens, comme le Maroc ou la Tunisie, commencent à réellement vouloir participer à cet échange d’informations.

En outre, il faut passer à l’échange d’informations sur les voyageurs. Le fameux projet de PNR, échange de données sur les passagers, est bloqué à l’heure actuelle au niveau européen. En matière de sécurité, tout le monde souhaiterait avoir l’information tout de suite et, quand il s’agit de lutter contre le terrorisme on n’accepte pas que l’on connaisse votre nom, votre prénom, votre nationalité et votre adresse quand vous réservez un vol en Europe. Il faut trouver un équilibre entre la vie privée, les libertés individuelles et la sécurité mais, personnellement, j’essaie toujours de comprendre en quoi on porte atteinte à ma vie privée quand des services de police savent simplement que je prends l’avion d’un point à un autre.

>>> Interview à Canal Plus le 24/11/15 (à partir de la minute 14′)

>>> Interview sur RMC le 25/11/1 (à partir de la minute 35′)