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10 axes pour lutter contre le fanatisme et le terrorisme

Interviewé par Le Soir ce 28 novembre, j’ai développé 10 axes d’intervention pour lutter contre le fanatisme et le terrorisme.

1 Supprimer les financements extérieurs des lieux qui développent un discours de rejet de l’autre
Il y a des centres culturels, des lieux de rencontres, parfois des mosquées, qui développent un discours fanatique, une façon de penser, de se comporter qui rejette complètement l’autre. On pourrait déjà poursuivre ces discours pour appel à la violence. On peut leur supprimer les financements extérieurs.

2 Développer une formation des imams
Il faut faire en sorte de développer une formation des imams, qui soit une formation européenne, belge, avec des écoles coraniques, des universités. Il faudrait faire en sorte que les communautés musulmanes en Europe et en Belgique puissent produire elles-mêmes leurs propres structures avec leurs propres imams et leurs propres éducateurs formés chez nous.

3 Demander une plus grande implication des stars qui parlent au monde musulman
J’aimerais que des personnalités issues du monde musulman, des stars, qui ont un impact sur la jeunesse, je pense à des rappeurs, à des chanteurs ou à des sportifs, prennent la parole. Parce que ce n’est pas l’autorité publique qui va avoir une influence très forte sur ces jeunes, mais ceux dont ils portent le maillot ou dont ils accrochent la photo au mur. Pour l’instant, par peur, par manque de contact avec les pouvoirs publics, on les entend peu. Ils devraient s’exprimer en tenant un discours rejetant concrètement ce radicalisme.

4 Vérifier que les personnes qui viennent en Belgique respectent les valeurs européennes
Pour les citoyens qui nous rejoignent, on doit être beaucoup plus fermes sur le fait de partager les valeurs, comme la séparation de l’église et de l’Etat ou l’égalité hommes-femmes. C’est un chemin qui n’est pas abouti chez nous. Raison de plus pour ne pas reculer soi-disant parce qu’il faut faire des accommodements pour tenir compte d’une autre culture. Non. Il y a des valeurs en Europe.

5 S’attaquer à l’économie souterraine
On ne doit pas seulement poursuivre fiscalement, socialement ou pénalement des entreprises qui ont pignon sur rue. On doit contrôler aussi tout ce monde marginal qui est souvent concentré dans un certain nombre de quartiers. On doit vérifier si les gens ne sont pas en train de développer des activités commerciales illégales mais aussi des trafics. Quand j’entends qu’on peut acheter une kalachnikov dans un bar, je suis perplexe.

6 Echanger davantage d’informations
Il faut échanger davantage d’informations. Les Belges tentent de le faire très fortement, on est reconnus pour cela. Mais dans les grands Etats, on aime collecter l’information, mais très peu la partager. Je suis assez sceptique sur une grande structure de renseignements européenne. Mais qu’on fasse travailler ensemble les grands services de renseignements européens, oui. Et pas seulement européens. J’ai demandé cela au sein de l’Otan. Mais il faut le faire de manière plus large. On le fait déjà avec les services tunisiens et marocains. On a aussi besoin d’une coopération avec la Turquie.

7 Créer un quartier général de police à Bruxelles
Avant la réforme des polices, il y avait 19 zones de police à Bruxelles. Il y en a six. Le débat est aujourd’hui relancé. Ma conviction, c’est que six zones pour 1,2 million de personnes, c’est un niveau de proximité suffisant. Mais ce qu’il faut, c’est créer une sorte de quartier général, qui pourrait être abrité au sein de la Région, avec un chef de corps qui prendrait la direction des opérations. Ce quartier général s’occuperait du maintien de l’ordre pour les grands événements, la grande criminalité et le terrorisme. La police fédérale doit en être aussi. Et la compétence de ce quartier général devrait pouvoir déborder de Bruxelles. Récemment, des bourgmestres de communes limitrophes de Bruxelles ont demandé une protection sous le niveau 4. La demande est là. Le quartier général devrait pouvoir intervenir aussi autour de Bruxelles. Songeons que, demain, le grand stade sera à Grimbergen.

8 Une carte d’identité biométrique
Je suis content que mon passeport soit biométrique. On peut retrouver très vite mon identité en cas d’accident. Pour le moment, on ne peut utiliser les empreintes que pour lutter contre les faux passeports. Mais on ne peut les communiquer à des fins de comparaisons si la police a trouvé les empreintes d’un terroriste. Je suis même enclin à me dire qu’une carte d’identité biométrique ne serait pas attentatoire à la vie privée.

9 La communication des données des passagers d’avion
Si je prends l’avion de Barcelone à Düsseldorf, cela ne me dérange pas que les autorités publiques allemandes et espagnoles connaissent mon nom, mon adresse et mon numéro de téléphone. Quand un accident se produit, par exemple, la première chose qu’on me demande c’est s’il y a des Belges à bord, et je ne peux pas répondre. Dans ces moments-là, tout le monde veut les données. Mais si c’est pour lutter contre le terrorisme, on dit non.

10 Des mesures exceptionnelles
Ne doit-on pas donner la possibilité d’avoir plus de 24 heures de garde à vue ? Doit-on attendre cinq heures du matin pour perquisitionner quand on sait que l’auteur d’un attentat est dans une maison ? Je ne sais s’il faut un état d’urgence, mais créer un cadre juridique pour entourer des mesures exceptionnelles lorsqu’on vit des moments comme aujourd’hui, oui.