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oct 4, 2017

Le libre-échange a toujours été vecteur de sécurité, de développement et de stabilité

Je suis intervenu à l’invitation de la Fédération des Etudiants libéraux unis de Liège sur le thème : « Libre-échange : peut-on revenir sur ce qui a été construit? ».

Depuis le début de l’industrialisation, nos régions, notre pays ont vécu de l’ouverture vers l’extérieur. Pour que cette ouverture soit possible, il faut réunir des caractéristiques de sécurité. Pendant une longue période, c’est la Grande Bretagne qui garantissait la paix sur les océans (« Pax britannica »). Cela a duré du XIXème siècle à la Première Guerre mondiale. Les deux guerres ont été marquées par le repli sur soi, le protectionnisme, la fermeture des marchés.

Il a fallu attendre la fin de la Seconde Guerre mondiale pour retrouver une expansion du libre-échange, avec de nouveau un premier élément : la sécurité. Cette époque est marquée par la création de l’Organisation des Nations Unies, dont la Belgique est pays fondateur. Cette fois, ce sont les Etats-Unis qui deviennent centraux. Le Conseil de sécurité reflète l’ordre établi au sortir de la guerre en rassemblant les cinq vainqueurs.

D’autres institutions vont être créées pour assurer une stabilité économique. Les Accords de Bretton Woods vont oeuvrer à une organisation monétaire, financière et du développement, avec les Fonds monétaire international et la Banque mondiale. Le premier réunit les pays qui peuvent gérer leurs propres finances en collectant suffisamment de ressources et veille à ce que leurs relations monétaires soient stabilisées. Quand le Président Nixon a renoncé à la convertibilité du dollar en or, en Europe on a réfléchi à une moyen de compenser cette situation. En ont découlé les premières initiatives d’union monétaire en Europe, comme des règles de convertibilité, qui vont aboutir à l’euro. La Banque mondiale tente d’aider des pays moins développés à s’autonomiser pour entrer sur la scène des échanges internationaux.

Pour le commerce lui-même, le traité du GATT a visé à faire en sorte que de plus en plus de pays acceptent d’échanger des biens et services en facilitant leur circulation. Le frein au commerce consistait dans les droits de douane. L’objectif est de descendre les tarifs, d’arriver à un tarif zéro. L’OMC (1995), qui découle du GATT, règle les tarifs mais aussi les différends.

Cet ensemble de règles s’applique à toute la planète. En matière de stabilité économique et monétaire, on va aussi construire l’Union européenne. Celle-ci va permettre : l’euro, qui élimine le risque commercial et le coût des opérations de change; le marché intérieur, qui établit la liberté de circulation des biens, de services, des capitaux et des personnes; et la Commission, qui contrôle le respect des règles de concurrence.

La Belgique est un pays historiquement particulièrement ouvert (3ème pays le plus ouvert) : 80% de ce qui est produit en Belgique part à l’exportation. Depuis le tournant des années 2000, on a vu apparaître des mouvements de contestation assez forts du libre-échange.

Si on n’arrive plus à faire progresser des accords globaux, les pays concluent des accords de libre-échange bilatéraux. Avec les Etats-Unis, on tente de négocier le TTIP, avec le Canada, le CETA. Derrière les contestations, il y a des motivations parfois légitimes. Les agriculteurs traversent des crises successives. La première réaction logique à une ouverture des marchés est une crainte vis-à-vis d’une concurrence de produits étrangers. C’est vrai sauf si on a en contrepartie des possibilités aussi d’exporter nos produits. Une autre crainte est liée à la régulation du marché du travail, inégale à ce jour à travers le monde. Idem en matière de respect des règles environnementales. Ces débats montrent que les accords commerciaux ne comportent plus uniquement des règles de tarification mais aussi d’autres règles dans d’autres domaines.

La question est : est-ce qu’on progresse dans la bonne direction en rapprochant de plus en plus ces manières de concevoir la régulation ou est-ce qu’on se ferme à ces accords avec l’extérieur parce que l’on veut protéger son activité, son pré-carré de production? Il faut distinguer les fantasmes, les combats purement d’opposition politique et idéologique et les préoccupations légitimes. Par exemple, l’importation de produits avec hormones de croissance, dont le risque a été agité par certains, est interdite en Europe. Les préoccupations légitimes consistent à se dire : ce que ce qu’on met en place va améliorer les conditions de travail, les conditions environnementales, les règles garantissant la stabilité ou les modalités de départ d’un investisseur étranger (cf. Caterpillar), etc.?

Aujourd’hui, il faut continuer le travail au niveau européen : renforcer la sécurité à  travers une défense européenne forte ; renforcer l’union économique et monétaire à travers des règles fiscales et sociales les plus communes possibles, au moins dans la zone euro ; et mettre en place des règles en matière de migration pour lutter contre la montée des extrêmes. Au plan international, l’UE doit tenter de faire progresser les règles  climatiques, sociales etc.

Il faut apporter des réponses aux peurs, dont certaines ont un fond légitime. Mais le libre-échange est vecteur de sécurité, de développement et de stabilité. Il est déterminant pour un pays d’ouverture tel que l’est la Belgique.

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