Accueil  »  2017 - Septembre  »  Il faut que la Communauté française soit gérée par des Ministres des Régions
sept 18, 2017

Il faut que la Communauté française soit gérée par des Ministres des Régions

Dans le cadre d’un entretien au Soir, je me suis exprimé sur la situation politique et l’institutionnel.

Nous avons, cet été, essayé de régler la crise qu’on pouvait régler, c’est-à-dire celle de la Région wallonne. Mais les Gouvernements de la Communauté et de la Région bruxelloise restent en crise.

Je crois que Benoît Lutgen a vraiment voulu changer les choses puisqu’en Wallonie, il a été jusqu’au bout du raisonnement ; ailleurs, il a été bloqué par d’autres. D’un autre côté, je peux comprendre le choc dans les majorités ; ce qui s’est passé est quand même très violent à l’intérieur d’une majorité, pour des gens qui étaient ensemble depuis 15 ans.

Ce qui m’a surtout frappé cet été, c’est que des gens sont scotchés. J’ai connu, depuis 2004, des majorités qui ont continué quoi qu’il arrive, même si les élections n’étaient pas bonnes. Et aujourd’hui, quelqu’un dit ça suffit. Je ne sais pas quelle est la malédiction qui touche les francophones, mais dès que quelqu’un se déscotche du PS, il y en a un autre qui vient se coller ! Je n’ai toujours pas compris pourquoi Olivier Maingain s’est attaché à ce point au PS. Et quand je vois la carte blanche de Joëlle Milquet et Philippe Maystadt, c’est quand même qu’il y a un attachement très fort au PS.

Je comprends le discours d’Olivier Maingain sur la gouvernance. Mais contre les partis traditionnels… On a quand même été ensemble pendant 20 ans au sein du MR ! Par ailleurs, j’ai toujours connu Olivier Maingain comme un ardent défenseur de la Communauté française et il refuse d’y entrer si ce n’est pas avec le PS : je ne comprends pas. D’ailleurs, ça va changer fortement la façon de réfléchir la Communauté française à l’avenir.

Sur les 7 Ministres à la Communauté, 6 ne sont qu’au Gouvernement de la Communauté. Il y a donc autant de Ministres qu’en Wallonie. Je ne sais pas à quoi ils pensent en se rasant le matin, mais certainement pas à ce qu’ils ont à faire pendant la journée ! Et vous imaginez ce que ça représente en termes de cabinets, de coûts… ? Donc, je pense qu’il faut demander que la Communauté soit gérée exclusivement par des Ministres des Régions. Sauf peut-être un, l’enseignement : c’est assez normal que quelqu’un ne s’occupe que de ça, pas nécessairement un Ministre régional.

J’étais pour la fusion Régions et Communauté au début. Mais j’ai compris assez vite, avec le fait régional, que ce n’était pas dans l’air du temps francophone. Les francophones n’en ont pas voulu. Le PS n’en voulait pas. Depuis, le fait régional, à Bruxelles et en Wallonie, s’est installé et on voit bien qu’il n’y a plus de logique à la Communauté.

Ma solution permettrait aussi à Bruxelles d’être vraiment représentée. En effet, la présence bruxelloise est beaucoup trop faible au sein de la Communauté, il n’y a aucune compétence un peu sérieuse qui soit bruxelloise. Donc, il faudrait inverser : avoir des Ministres venus des Régions, et un ou deux Ministres spécifiques. Ce qui permettrait de sauvegarder la Communauté. Ce qui se passe aujourd’hui, une longue crise larvée, est très dangereux pour elle.

Et pourquoi pas une alternance à la Présidence de la Communauté, entre un Ministre-Président wallon et un Ministre-Président bruxellois ? Au moins, on aurait une défense de l’institution des deux côtés, ce qui n’est pas vraiment le cas aujourd’hui. J’ai parfois l’impression qu’on ne sait pas que Bruxelles existe.

Toutefois, en termes de transferts de compétences, je suis plus attentif à refédéraliser certaines choses qu’à faire un débat sur les Régions et la Communauté. Et même dans des partis flamands, au fédéral, il y a une réflexion sur certaines compétences qui seraient mieux refédéralisées.

Tout ce qui passe par des grands débats internationaux, par exemple. Je n’ai aucun problème à ce que le climat soit au niveau des Régions, mais si on veut lutter contre le changement climatique, il faut une coordination minimum… Elle existe, mais on pourrait la renforcer.

Autre exemple typique : le commerce extérieur. Aujourd’hui, on a un Ministre fédéral et un Secrétaire d’Etat. Donc, il y a encore des compétences fédérales en la matière, et on les a amplifiées. On fait des visites d’Etat et les Ministre-Présidents viennent. Ce n’est donc pas seulement refédéraliser, mais montrer que dans certains domaines, il faut une coordination plus forte. Une sorte de prééminence. Et il y a moyen de le faire de manière pragmatique.

La refédéralisation ne nécessite pas de réforme institutionnelle. Si l’on souhaite poursuivre les réformes au fédéral, en matière de pensions, de santé, de chômage, de fiscalité…, il faut que la N-VA et d’autres ne remettent pas le débat institutionnel sur la table.

Il y a des partis flamands qui ont évolué sur la refédéralisation. J’ai entendu des commentaires au VLD en ce sens. Et des Ministres se comportent comme ça. Même celui de l’Intérieur : il y a un certain nombre de domaines où Jan Jambon trouve que c’est un peu bizarre de ne pas avoir les coudées plus franches.

En tout cas, au fédéral, je vois que ce sont les quatre partis du Gouvernement qui défendent ce genre de réforme ; ce ne sont pas le SP.A ou le PS ou Ecolo-Groen qui vont le faire.

En 2019, il faudra la même volonté de réformes. Après, ce sont les électeurs qui diront si c’est possible avec les mêmes, s’il en faut plus.

Article tiré d’une interview au journal ©Le Soir, 16/9/17

© M. Dubuisson- A.-C. Bersipont – Ph. Regnier


Imprimer cet article