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juil 20, 2017

« Mon ambition et mon moteur sont de réaliser des actes utiles »

Interviewé par EGOLF Magazine, j’ai évoqué mon parcours et ma démarche politiques…

Comment êtes-vous « tombé » dans la politique?

C’est le fruit du hasard et d’une rencontre ! Jean Gol, qui venait d’être nommé Ministre de la Justice et des Réformes institutionnelles, recherchait un juriste liégeois spécialisé en droit constitutionnel.  Un de mes professeurs nous a mis en contact et j’ai rapidement commencé à travailler au sein de son cabinet.

D’autre part, la crise liégeoise en 1980, qui a engendré la faillite de la sidérurgie, m’a poussé à m’impliquer en politique.

Quel est votre meilleur souvenir en politique?

Notre victoire aux élections de 2007 ! Nous devenions le premier parti à Bruxelles et en Wallonie ! Je me souviens avoir fêté cet exploit dans la capitale avec Jacques Simonet. Ce fut un moment inoubliable ! En revanche, il me rappelle la perte douloureuse d’un ami et collègue décédé quelques jours plus tard.

Quel est votre pire souvenir en politique ?

L’exploitation politique qui a été faite sur la crise bancaire ! Nous avons énormément travaillé pour trouver des solutions rapides à celle-ci et notre seul but était de protéger les citoyens d’une perte de leurs économies. Quelques mois plus tard, nous avons été attaqués de toutes parts.

L’excès de polémique fut difficile à gérer et mes proches en ont beaucoup souffert. J’ai eu l’impression d’être comme le pompier qui éteint le feu et qu’ensuite on critique car il a mis trop d’eau dans le bâtiment incendié !

Quel est votre objectif actuel en politique ?

Mon ambition et mon moteur sont de réaliser des actes utiles. Un de mes objectifs, en tant que Ministre des Affaires étrangères, est que l’Etat de droit soit respecté en Europe. Aujourd’hui, il est appréciable que les Etats membres soient hautement contrôlés au niveau financier, mais pas encore assez au niveau institutionnel.

Quels sont vos accomplissements majeurs ?

La mise en place des intérêts notionnels ! Cette mesure vise à pousser les entreprises à augmenter leurs fonds propres et donc à diminuer leur endettement. Je suis certain qu’elle a permis, à nombreuses d’entre elles, de surmonter plus facilement la crise financière de 2007-2008. Le cataclysme aurait été indéniablement plus conséquent sans cette disposition.

Le Tax Shelter (financement du secteur audio-visuel par les sociétés privées) est également une de mes plus grandes réalisations. Le secteur du cinéma en Belgique se porte très bien grâce à cette niche fiscale qui génère de nombreux emplois.

Quant au Musée Magritte, je suis fier d’avoir participé à sa création ! Situé dans l’Hôtel Altenloh, il reste le plus visité de notre Royaume !

Quel aurait été votre parcours politique idéal ?

Les deux grandes fonctions que j’ai occupées en tant que Ministre des Finances et des Affaires étrangères sont les postes que je désirais et qui me tenaient à cœur.

Si je pouvais changer quelque chose à ma carrière, ce serait certainement cette coalition de l’Orange Bleue.  Mon plus grand regret est  de ne pas avoir été capable de mettre en place un gouvernement sans le PS et avec Yves Leterme comme Premier Ministre alors que nous avions la majorité.

Si vous n’aviez pas fait de la politique, qu’auriez-vous fait?

J’aurais probablement continué ma carrière au Barreau en tant qu’avocat et ouvert un cabinet avec mon épouse.

Je serais peut être professeur de droit à plein temps. J’enseigne à l’UCL et à l’ULG mais seulement quelques heures alors que j’adore professer. A ma sortie de l’université, j’ai reçu une proposition pour enseigner le droit à Ouagadougou  au Burkina Faso. Si j’avais accepté, ma vie serait totalement différente !

Les « affaires », les campagnes, les querelles ! La vie d’homme politique est-elle pénible ?

Elle peut être pesante pour la famille et l’entourage car il y a énormément de critiques. A contrario, des gens nous témoignent leurs encouragements. Parfois, quand je me promène en rue, on me demande de poser pour un selfie.

Ces comportements sont réconfortants et me donnent de l’énergie pour travailler et faire abstraction des foudres qui finalement émanent du monde politique.

On parle souvent du décalage entre les hommes et femmes politiques et la réalité des « gens  normaux ». Qu’en pensez-vous?

Il est évident qu’il y a un décalage entre la vie d’homme politique et la vie de «Monsieur tout le monde» ! Je ne vais pas faire mes courses tous les jours et je suis « privilégié », mais je reste connecté à la réalité de la vie grâce à mon entourage, ma famille, mes collaborateurs et toutes les personnes que je côtoie dans le quotidien et dans mon travail.

On demande aux «élus» d’être à la fois très professionnels et à l’écoute permanente des gens et de leurs problèmes. Ce n’est malheureusement pas réalisable. Il faudrait laisser du temps aux parlementaires afin qu’ils puissent rencontrer la population et se rendre compte concrètement des soucis quotidiens de nos citoyens.

Les dérives qui ébranlent notre société viennent, selon moi, du nombre trop conséquent de mandataires. Depuis de nombreuses années, de nouvelles fonctions politiques se multiplient sans qu’aucune ne soit supprimée comme il en a été question pour le Sénat. La Belgique a le taux de parlementaires le plus élevé au monde et il faudrait réfléchir concrètement quant à le diminuer afin d’avoir un contrôle plus simple et efficace.

Voudriez-vous nous dire quelques mots sur l’élection de Donald Trump ?

On ne perçoit pas encore clairement sa manière de gouverner. Les prochains mois seront cruciaux pour mieux comprendre sa politique.

Les anciens Présidents étaient proches des principales institutions internationales, comme l’OTAN et l’ONU, ce qui simplifiait considérablement les communications avec les Etats-Unis. Il semble de plus en plus évident que Trump va privilégier les relations bilatérales avec les grands pays comme la Chine, la Russie, l’Allemagne et la France. Sa rencontre avec Angela Merkel le confirme ! Néanmoins, on espère qu’il parlera avec l’ensemble de l’Union européenne mais je n’en suis absolument pas certain.

Il paraît nettement plus protectionniste, ce qui ne facilitera pas les échanges internationaux et sera certainement néfaste pour l’Europe.

Les bouleversements politiques, tels que l’élection de Donald Trump et le Brexit, ont-ils un impact sur notre pays et sur votre manière de travailler?

Ils nous obligent à revoir les impératifs de nos concitoyens. L’émergence des extrêmes vient du fait qu’on ne résout pas assez efficacement les priorités fondamentales qui sont l’emploi et la sécurité. Regardez l’afflux migratoire de 2015 ! C’est un problème concret que nos concitoyens veulent voir solutionné comme le terrorisme.

Les affaires sécuritaires doivent être traitées au niveau de l’Union européenne qui, pour être efficace et réactive, devrait envisager un groupe plus restreint. La zone de l’euro ne comprend que 19 pays alors que l’Union européenne en dénombre pour l’instant 28.

Il faut absolument relancer cette dynamique européenne pour répondre le plus efficacement possible aux crises que nous vivons actuellement. La remettre en cause, comme beaucoup le font, serait une grave erreur tant au niveau sécuritaire qu’économique.

Source : EGOLF Magazine n°5, printemps 2017


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