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mai 10, 2017

Conférence sur l’immigration sous l’angle historico-politique

Je me suis exprimé ce 9 mai sur « l’immigration sous l’angle historico-politique » dans le cadre du séminaire d’actualités mis sur pied par le professeur Pierre Semal de la Louvain School of Management.

Le XXème siècle a connu une succession de migrations massives dont les causes principales étaient les deux guerres mondiales, le boom économique des années 60’, le conflit en ex-Yougoslavie et le fossé croissant entre le Nord et le Sud.

L’immigration vers notre pays a pris des proportions importantes après la Première Guerre Mondiale et atteint des sommets inégalés pendant l’entre-deux-guerres. Cet afflux d’immigrés est marqué par les premières campagnes de recrutement menées par les autorités belges qui souhaitaient attirer des travailleurs étrangers, surtout pour faire tourner l’industrie du charbon, alors en pleine prospérité.

Pendant la Deuxième Guerre Mondiale, notre pays a malheureusement perdu aussi une partie de sa population d’origine immigrée : de 1942 à 1944, près de 30.000 Juifs de Belgique ont été déportés et ont disparu.

Après la Libération et afin de remplacer les prisonniers de guerre qui avaient été mis au travail un temps dans nos mines de charbon, les dirigeants de l’industrie minière de l’époque se sont mis en quête d’une nouvelle main-d’œuvre. Ce sont les accords avec l’Italie, la Grèce et l’Espagne.

Pendant les années suivantes, l’immigration en Belgique a atteint un record absolu en raison d’une croissante économique inédite (« golden sixties »). La demande de main d’œuvre était tellement forte que le Gouvernement belge s’est vu en quelque sorte obligé d’étendre sa politique de recrutement de travailleurs étrangers. De 1961 à 1964, pas moins de 130.000 permis de travail ont été accordés à des Espagnols et à des Grecs, mais surtout aussi à des Marocains et à des Turcs. Toutes les parties tiraient un bénéfice de ces accords : la Belgique avait besoin de main-d’œuvre bon marché tandis que les Gouvernements turc et marocain comptaient sur l’argent qui allait affluer dans leur pays grâce aux économies de leurs immigrés.

Lors de la crise pétrolière de 1973, l’économie globale s’est effondrée et la Belgique n’a pas échappé à la crise. Pour éviter d’accroître davantage la pression sur le marché du travail, le Gouvernement belge a décidé l’arrêt de l’immigration. En pratique, seuls ceux qui bénéficiaient du droit au regroupement familial pouvaient encore venir s’installer dans notre pays.

Les immigrants qui viennent aujourd’hui en Belgique ne sont pas uniquement des personnes qui fuient un pays en guerre à la recherche d’une protection. Contrairement aux idées reçues, ils sont avant tout des citoyens de l’UE (64% des immigrants en 2014). Parmi les ressortissants de pays tiers, environ un sur deux obtient un premier titre de séjour pour raisons familiales. Pour l’autre moitié, il s’agit d’abord de raisons liées à l’éducation, puis de raisons professionnelles ou d’autres raisons.

La crise de l’immigration de 2015 a consisté en 1 255 640 demandes d’asile introduites dans l’UE. Les Syriens représentent 29%, les Afghans, 14%, et les Irakiens, 10%. L’Allemagne est  nettement en tête des pays d’accueil en chiffres absolus : plus d’une première demande sur trois a été introduite dans ce pays. La Belgique se situe aussi au-dessus de la moyenner et est en 8ème position des Etats-membres.

L’immigration et la crise des réfugiés sont d’une ampleur sans précédent. UE a conscience qu’elle ne peut espérer stabiliser la situation sur le long terme que si nous travaillons dans un esprit de solidarité et de responsabilité et si nous traitons les défis que nous rencontrons au niveau européen ainsi qu’au niveau externe.

Nous avons besoin d’une révision profonde de la politique d’asile européenne (révision de l’Accord de Dublin II). La proposition de la Présidence maltaise, tout comme la Commission, pour réviser pleinement le système d’asile européen tente de concilier les principes suivants :

- solidarité de tous les Etats-membres en cas de crise majeure,

- responsabilité des pays de première ligne dans la protection des frontières (aidés par gardes-frontières et garde-côtes européen),

- permettre une clarification des obligations des demandeurs d’asile, notamment l’obligation de rester dans l’Etat-membre responsable de l’examen de leur demande, afin d’éviter les mouvements secondaires. Obligation également de rester dans le pays où ils ont été relocalisés ou réinstallés.

Il faut aussi renforcer les frontières extérieures de l’UE. À partir de Octobre 2016 : mise en place de la Garde européenne des frontières et de la côte. L’objectif est une gestion intégrée des frontières extérieures de l’UE. Fin 2016 : conclusion d’un accord révisant le code frontières Schengen. Désormais toute personne qui pénètre ou quitte la zone Schengen sera vérifiée systématiquement (par voie aérienne, maritime ou terrestre) dans toutes les bases de données pertinentes. Plus précisément, l’identité et la nationalité de la personne sera vérifiée, ainsi que la validité et de l’authenticité du document de Voyage. Cette décision est en vigueur depuis Avril 2017.

Enfin, il faut lutter contre les causes profondes, dans les pays d’origine. L’accent est mis sur la Syrie mais l’Afrique reste un foyer important et constant. Le Liban, la Jordanie et la Turquie accueillent un nombre extraordinaire de réfugiés syriens. Il est nécessaire d’impliquer également nos partenaires des pays du Golfe dans la gestion de cette crise. Notre devoir est de lutter pour prévenir et régler les conflits, rechercher des solutions durables aux crises, renforcer les moyens de lutte contre le terrorisme et l’insécurité.


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