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mai 19, 2016

Pour une conférence à Bruxelles sur la situation des Yezidis et la lutte contre l’impunité

La situation des minorités ethniques était au centre d’un colloque ce jeudi à la Chambre.

Le colloque était présidé par la Députée Kattrin Jadin

Deux jeunes Yézidies étaient présentes pour témoigner de leur expérience vécue à Sindjar en Irak et sous la captivité de Daesh. Parmi elles, Mademoiselle Nadia Murad, avec qui j’avais eu l’occasion de m’entretenir en février dernier. Les Yézidis forment une minorité confessionnelle caractérisée par un monothéisme issu d’anciennes croyances kurdes. Ces témoignages sont essentiels et courageux.

Face aux exactions subies par ces minorités ethniques, nous contribuons à travers une action militaire. La Belgique va ainsi élargir le mandat d’action de ses F-16 pour combattre Daesh non seulement en Irak mais également en Syrie. C’est au premier rang la lutte contre l’inhumanité des actions commises qui justifient notre engagement sur le terrain.

Au-delà de cette réaction immédiate, nous devons tenter de nous projeter dans l’avenir. La Belgique s’est toujours battue pour lutter contre l’impunité. Elle s’est déclarée favorable à une saisine par le Conseil de sécurité des Nations-Unies de la Cour pénale internationale dans le contexte de ce qui se passe en Syrie. Elle a plusieurs fois encouragé le Gouvernement irakien à adhérer à la Cour pénale internationale et à adopter des politiques permettant de respecter pleinement le droit des minorités qui composent sa population. Si on veut donner une chance à la réconciliation, il faudra lutter contre l’impunité et mettre en place un système de justice transitionnelle, afin de sanctionner les crimes commis mais aussi de laisser la place au devoir de mémoire. C’est essentiel pour lutter contre le climat de méfiance, de haine ou de représailles et rebâtir une société dans laquelle les clivages sectaires, ethniques ou confessionnels ne seront que des souvenirs noirs d’un passé révolu.

Aujourd’hui, des zones de coexistence pacifiques existent encore, y compris en Syrie et en Irak. La cohabitation entre communautés ethniques et confessionnelles au Moyen Orient n’est donc pas un modèle suranné. Elle est cependant fortement éprouvée et il faut d’urgence un renversement rapide du processus actuel.

L’avenir de l’Irak, comme celui de la Syrie, doit pouvoir se décliner sous des modes de gouvernance inclusifs. La non-discrimination, le pluralisme, la tolérance, la liberté de religion et l’égalité des citoyens devant la loi devraient devenir des réalités pour chaque citoyen de la région. Les minorités – en particulier les Yézidis – y verraient leurs droits protégés. La liberté de religion serait acquise, que vous soyez chrétien, musulman chiite ou sunnite ou yézidi. Cela implique la mise en œuvre de réformes destinées à accroître l’inclusion politico-institutionnelle des diverses franges de la population et la protection de toutes les minorités. Cela passe par la formation des dirigeants locaux et par l’inclusion de tous dans les institutions, en particulier la fonction publique et les forces de sécurité. Cela passe également par l’éducation des jeunes à la diversité. Comme le disait la jeune Malala « One Child, One teacher, one book and one pen can change the world ».

Les besoins humanitaires sont énormes et des efforts importants seront nécessaires pour aider les populations à se réinstaller dans leurs zones d’origine. C’est dans cet objectif que notre engagement humanitaire doit se lire. Malgré nos efforts et ceux de nombreux autres partenaires, faire face aux besoins croissants reste un énorme défi. La stabilisation des zones libérées est également essentielle pour permettre le retour des citoyens, lorsque les conditions, sécuritaires notamment, le permettent. L’ensemble de la communauté internationale a un rôle à jouer dans ce cadre, y compris bien entendu l’Union européenne et la Belgique. Il faut dès maintenant créer les conditions qui permettront à l’Irak de tenir sur ses deux pieds et de faire face à ses propres besoins de développement.

La démarche doit donc être militaire, humanitaire et politique. Pour assurer un avenir, il faut retrouver le chemin du dialogue entre les parties. Il faut avancer le processus politique en Syrie mais aussi progresser au niveau politique en Irak et en Libye.

La Belgique est prête à s’engager pour organiser une conférence à Bruxelles sur la lutte contre l’impunité et la situation des Yezidis.


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