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fév 25, 2016

Intervention à l’ULB: l’actualité diplomatique du « Brexit » à Daesh

A l’invitation du professeur Jean-Louis Six, j’ai eu le plaisir de m’adresser aux étudiants de l’ULB dans le cadre du cours d’actualité diplomatique ce jeudi matin.

J’ai passé en revue la situation européenne, en commençant par la question du « Brexit ». L’accord du Conseil européen vendredi dernier concède une capacité de blocage d’une décision européenne mais avec la nécessité d’une démarche validée à hauteur de 55% des Parlements nationaux. La deuxième demande de David Cameron concernait la zone euro, avec le paradoxe d’y réclamer une influence sans en faire partie. Il n’y aura pas de droit de veto mais il y aura la possibilité d’ouvrir un débat au Conseil européen pour certaines décisions.

Le sujet originel est par ailleurs sans doute celui des allocations sociales, et familiales, notamment aux migrants. Le montant des allocations familiales pourra être fixé en fonction du niveau de vie du pays où vivent les enfants. Il y a également une clause de suspension de 7 ans pour les nouveaux arrivants. Ce mécanisme devrait être décidé par un référendum européen, il appartiendra à chaque Etat d’aller dans cette voie ou non. Notons qu’en cas de Brexit, cet accord doit s’autodétruire.

Les conséquences d’un Brexit sont à considérer également pour le Royaume-Uni. Des tendances existent pour demander un autre référendum, par exemple en Ecosse, dont de nombreux citoyens souhaiteraient peut-être quitter le Royaume-Uni mais rester dans l’Europe… La question pourrait se poser en Irlande également. Donc il ne faut pas sous-estimer un risque de désunion britannique.

Au sein de l’Union européenne, j’ai la conviction que nous avons besoin du Royaume-Uni dans le marché intérieur mais aussi en matière de politique étrangère et de défense. N’oublions pas que la Grande-Bretagne occupe un siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations-Unies.

Nous espérons que la Grande-Bretagne reste à bord et nous espérons dans le même temps pouvoir avancer sur différents domaines où nous pouvons travailler ensemble. C’est le sens de la démarche menée récemment à Rome et bientôt à Bruxelles par les six pays fondateurs de l’Union européenne.

L’Europe doit en effet intensifier son action commune en matière de lutte contre le terrorisme, de migration, de politique économique et monétaire, de politique étrangère et de défense. Cette dernière doit faire face à deux menaces: à l’Est et au Sud. La crise ukrainienne est abordée en format « Normandie », c’est-à-dire entre la Russie, l’Ukraine, l’Allemagne et la France, donc sans représentation de l’Union européenne. Trois débats nous occupent : le cessez-le-feu, le retrait des armes lourdes russes et ensuite les réformes en Ukraine, d’ordre socioéconomique, de lutte contre la corruption et de réorganisation du pays eu égard à la minorité russophone. Ensuite, je suis convaincu que l’Ukraine devra travailler à la fois avec la Russie et avec l’Union européenne.

Au Sud, le printemps arabe, qui a commencé en 2011 en Tunisie, a eu pour objectif de se défaire d’une dictature. En Syrie, un président a décidé non pas d’écouter sa population mais d’utiliser l’armée à son encontre.

Au fond, la situation dans la région repose sur une opposition entre deux pays qui se font la guerre par procuration, l’Iran et l’Arabie saoudite, entre le monde chiite et le monde sunnite. C’est le cas au Yémen et en Irak, avec en outre la question kurde. L’opposition chiites-sunnites est aussi présente au Liban. C’est plus complexe en Syrie, avec un régime soutenu aujourd’hui par la Russie mais aussi par l’Iran. C’est plus compliqué encore en Libye.

Face à cette situation, l’action est d’abord humanitaire, avec une aide mondiale qui s’élève à 10-11 milliards de dollars, dont 2/3 sont issus des pays européens. Il s’agit d’aider les personnes déplacées par les conflits afin d’essayer de stabiliser la situation. Il y a également un effort humanitaire chez nous pour accueillir les réfugiés.

L’action est aussi militaire. Les conflits syrien et irakien ont créé un vide, que tend à occuper un groupe terroriste, Daesh, qui veut y établir un Etat islamique. C’est pourquoi nous sommes engagés dans une coalition.

Il faut aussi une action politique. Seule une solution politique aura un sens. En Irak, il faudra un Gouvernement qui intègre sunnites et chiites, avec les minorités. En Syrie, il faudra un accord politique entre le régime et l’opposition. Au bout du compte, Bashar al Assad ne pourra pas faire partie de la solution car, quand on emprunte le chemin de la barbarie, on ne le rebrousse pas.

C’est dans ce champ politique que l’Union européenne peut tenter d’apporter des progrès. Un fait marquant a été le récent succès diplomatique européen avec l’accord sur le nucléaire iranien. Celui-ci permet en effet aussi de ramener l’Iran dans la discussion internationale sur la Syrie, l’Irak, le Yémen. Pour la première fois, cet accord permet de réunir tout le monde autour de la table.


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